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By: Premier Regard
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Découvrez une autre facette de l’actualité. Premier Regard montre ce qui reste hors champ : enquêtes inédites, scandales méconnus, informations passées sous silence. Chaque épisode décortique une histoire cachée à l'ombre des gros titres. Parce qu'il 'y a toujours plusieurs versions pour une même histoire.

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Hugo Noirtault
Political Science Politics & Government Social Sciences
Episodes
  • En Géorgie, un roi de la meth se déguise en mécène
    Feb 26 2026

    À l’époque, l’histoire est belle et surtout très pratique pour Batumi, station balnéaire en plein boom sur la mer Noire. Xu vient d’arriver en Géorgie avec des promesses XXL. Un portrait élogieux publié par un média local, Primetime, le décrit comme un investisseur « né au Cambodge », si séduit par Batumi qu’il y aurait installé sa famille. Il est question d’un milliard de laris d’investissements — environ 370 millions de dollars — et d’un projet vitrine : Halcyon, deux tours futuristes ondulantes, terrasses et piscines sur les toits, censées redessiner la skyline et « revitaliser » le front de mer.


    Sauf que, selon des documents publics et des jugements consultés par l’OCCRP et ses partenaires, « Thomas Xu » cacherait une autre identité : Hsu Ming-chin, ressortissant taïwanais condamné pour fabrication de méthamphétamine. Il aurait fui Taïwan en 2014 et serait toujours recherché. La police de trois pays le soupçonne aussi d’avoir financé une cargaison de drogue estimée à 364 millions de dollars, liée à un grand syndicat criminel asiatique — sans qu’il ait été inculpé pour ce volet, notamment en raison de l’absence de traité d’extradition entre Taïwan et le Cambodge, selon des éléments policiers cités par les journalistes.


    Alors, que faisait-il réellement à Batumi ? Les récits médiatiques de l’époque et les communiqués contemporains montrent qu’il a bel et bien débarqué pour faire des affaires au nom de Lixin, et pas à petite échelle. En août 2021, sa société locale « Construction Company » achète 50 % du projet Halcyon pour 5,2 millions de dollars. Mais dès l’année suivante, changement de tempo : Xu commence à sortir son nom des actifs géorgiens — et à les transférer vers son frère aîné, Hsu Ming-chao, visage public de Lixin et directeur général.


    Mais une ombre s’étend dans un rapport publié en avril 2025 par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime, l’UNODC. Le rapport décrit un promoteur basé au Cambodge, baptisé « Business Group 2 » : une « grande entreprise criminelle » de la zone du Mékong, fondée par deux Taïwanais — dont l’un est recherché à Taïwan — puis étendue au Cambodge et, plus récemment, à la Géorgie. Plusieurs personnes impliquées dans la rédaction du rapport confirment aux journalistes, sous couvert d’anonymat, que ce « BG2 » renverrait à Lixin Group. Le groupe, lui, dit ignorer ce rapport et nie toute implication dans des jeux illégaux ou des cyberarnaques.

    L’UNODC note aussi un détail parlant : l’investissement de millions de dollars dans un club de football géorgien, comme une stratégie pour renforcer une image « légitime » et une influence locale. Les avocats de Lixin répondent que le sponsoring a cessé, et vont jusqu’à nier que Xu ait été président d’honneur du club — malgré des photos et une vidéo de la cérémonie.


    Reste le récit d’origine, plus brut. En 2009 à Taïwan, une tentative de fabrication de crystal meth tourne mal : une explosion dans un appartement, un ingénieur chimiste brûlé, et un laboratoire clandestin qui déménage plusieurs fois pour éviter la police. En 2012, Xu est condamné à 12 ans de prison pour soutien financier et fourniture de matières premières, plus huit ans supplémentaires pour vol, et une condamnation pour détention illégale liée à un enlèvement. Il perd son dernier recours fin 2013… puis s’enfuit sans purger sa peine. Quelques jours plus tard, des publications sur les réseaux sociaux le montrent déjà au Cambodge, devant les temples d’Angkor.

    En Géorgie, l’histoire se complique encore : à Batumi, le projet Halcyon est enlisé dans un conflit commercial et des procédures judiciaires. Son partenaire, l’homme d’affaires turco-géorgien Galip Öztürk, a été condamné pour des infractions liées à la drogue en 2023. Il a été libéré après un accord avec les procureurs géorgiens en 2025, tandis qu’il reste recherché en Turquie après une condamnation pour meurtre en 2012.

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    9 mins
  • L’ONU a financé la dictature Syrienne pendant 10 ans ?
    Feb 24 2026

    Au fond d’un centre commercial sans éclat de Damas, au bout d’un couloir sombre du quatrième étage, se cache un bureau sans plaque. Celui de Shorouk for Protection, Guarding and Security Services. Une simple pancarte prévient que l’endroit est sous vidéosurveillance. En apparence, une société de sécurité parmi d’autres. En réalité, selon des documents internes révélés par une vaste enquête internationale, bien davantage.


    Durant la guerre civile syrienne, les Nations unies ont versé au moins 11 millions de dollars à cette entreprise pour protéger leurs bureaux dans le pays — notamment leur siège officieux installé à l’hôtel Four Seasons de Damas, ainsi que plusieurs antennes régionales. Entre 2014 et 2024, le Programme des Nations unies pour le développement lui aurait versé à lui seul 9 millions de dollars. Shorouk travaillait aussi pour d’autres agences onusiennes, comme l’Organisation mondiale de la santé ou le Programme alimentaire mondial.


    Problème : selon des mémos internes exhumés dans le cadre du « Damascus Dossier », une enquête coordonnée par le Consortium international des journalistes d’investigation et une vingtaine de médias partenaires, Shorouk aurait été secrètement contrôlée par la Direction générale du renseignement syrien, l’un des piliers les plus redoutés du régime de Bachar el-Assad.


    Ces révélations s’appuient sur plus de 134 000 documents obtenus par la chaîne allemande NDR et analysés par les journalistes. D’autres pièces internes, récupérées séparément, montrent qu’en juin 2019, un chèque de 50 millions de livres syriennes — environ 100 000 dollars à l’époque — aurait été adressé aux services de renseignement au titre de leur « part des bénéfices » dans l’entreprise.


    Les Nations unies, de leur côté, affirment avoir respecté leurs procédures d’achat et mené une « diligence renforcée » au moment de la signature des contrats. Elles expliquent que l’environnement syrien était extrêmement contraint et que les options disponibles étaient limitées. En 2022, plusieurs licences d’entreprises concurrentes auraient été retirées par les autorités syriennes, ne laissant que deux sociétés « à haut risque » en lice : Shorouk et ProGuard.


    Autre élément troublant : selon des mémos issus des services syriens, le régime aurait cherché à maintenir ces contrats coûte que coûte. Le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Fayçal Mekdad, écrit que ces sociétés permettaient de surveiller les activités « suspectes » de certains employés de l’ONU. Il évoque également un mécanisme financier avantageux pour l’État syrien : les paiements en dollars étaient convertis en livres syriennes au taux officiel — largement supérieur au taux du marché noir — ce qui permettait au Trésor public de capter la différence.


    Les Nations unies assurent n’avoir identifié aucun élément prouvant que Shorouk ait espionné leurs employés. Elles soulignent également que les registres officiels syriens n’étaient pas des sources fiables et que leurs vérifications incluaient des recherches ouvertes et des analyses médiatiques.

    Après la chute du régime en décembre 2024, Shorouk n’a pas disparu. L’entreprise a simplement changé de logo, adopté les couleurs du nouveau drapeau syrien et continué à recruter. Son dirigeant affirme que les nouvelles autorités ont audité ses activités et autorisé la poursuite de ses opérations.

    Reste une question fondamentale : jusqu’où une organisation humanitaire peut-elle composer avec un régime autoritaire pour continuer à agir sur le terrain ? Pour certains anciens responsables onusiens, la complexité du contexte n’exonère pas d’une enquête approfondie sur les véritables bénéficiaires des contrats.

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    7 mins
  • Somaliland : LE « nouveau » pays stratégique d’Afrique ?
    Feb 22 2026

    Le 26 décembre dernier, une annonce venue de Tel-Aviv a pris de court diplomates et observateurs du monde entier. Israël a officiellement reconnu l’indépendance du Somaliland. Un geste historique, car cet État de la Corne de l’Afrique, qui s’est proclamé indépendant en 1991, n’avait jusqu’ici jamais été reconnu par un pays souverain.

    Sur le terrain pourtant, le Somaliland fonctionne depuis plus de trois décennies comme un pays indépendant. Ce territoire de 4,5 millions d’habitants dispose de sa propre Constitution, d’une armée, d’une monnaie et d’institutions politiques relativement stables. Une situation qui contraste fortement avec celle de la Somalie, dont il s’est séparé après une guerre particulièrement violente à la fin des années 1980, souvent décrite comme ayant des caractéristiques génocidaires.


    Aujourd’hui encore, la Somalie fédérale reste fragilisée par des attaques régulières menées par le groupe islamiste Al-Chabaab et par la branche locale de l’organisation État islamique. L’insécurité et la corruption y demeurent très élevées. À l’inverse, le Somaliland s’est forgé la réputation d’un territoire relativement pacifique et démocratique dans une région instable.


    Pour de nombreux habitants, cette reconnaissance constitue un espoir d’ouverture vers le monde. Car les bénéfices potentiels sont considérables. Une reconnaissance internationale plus large permettrait au Somaliland d’obtenir l’acceptation officielle de ses passeports, facilitant les déplacements de ses citoyens. Elle ouvrirait également l’accès aux systèmes bancaires internationaux et aux financements d’institutions comme la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international, essentiels pour financer les infrastructures et le développement économique.


    Pour l’instant, Israël reste seul. Les États-Unis, malgré des discussions exploratoires, n’ont pas officiellement suivi cette décision. Selon certaines informations, des responsables américains ont récemment étudié les côtes du Somaliland en vue d’une possible implantation militaire, sans qu’aucune annonce officielle n’ait été faite. Cette reconnaissance israélienne a en revanche suscité une vive opposition. L’Union africaine, l’Égypte, la Turquie et plusieurs pays membres de l’Organisation de la coopération islamique ont réaffirmé leur attachement à l’intégrité territoriale de la Somalie. Pour ces États, reconnaître le Somaliland reviendrait à fragiliser un principe fondamental du droit international : celui de l’intangibilité des frontières héritées de la décolonisation.


    La position stratégique du Somaliland constitue un facteur déterminant. Ses côtes bordent le golfe d’Aden, face au Yémen, à proximité du détroit de Bab el-Mandeb — un passage maritime crucial reliant la mer Rouge au canal de Suez. Cette zone est essentielle pour le commerce mondial et pour la sécurité maritime israélienne. Une présence alliée dans cette région offrirait un avantage stratégique face aux rebelles houthis au Yémen et à l’influence croissante de la Turquie.


    Pour le Somaliland lui-même, les conséquences restent incertaines. À court terme, cette reconnaissance renforce la légitimité du gouvernement et nourrit l’espoir d’une reconnaissance internationale plus large. Mais elle comporte aussi des risques. Le groupe Al-Chabaab, qui avait jusqu’ici relativement épargné le Somaliland, pourrait considérer ce rapprochement avec Israël comme une provocation. Cette décision place donc le Somaliland à un tournant historique. Entre opportunité diplomatique et pari stratégique risqué, l’avenir de ce territoire dépendra désormais de la réaction du reste du monde — et de sa capacité à transformer cette reconnaissance symbolique en véritable reconnaissance internationale.

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