L’ONU a financé la dictature Syrienne pendant 10 ans ?
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Au fond d’un centre commercial sans éclat de Damas, au bout d’un couloir sombre du quatrième étage, se cache un bureau sans plaque. Celui de Shorouk for Protection, Guarding and Security Services. Une simple pancarte prévient que l’endroit est sous vidéosurveillance. En apparence, une société de sécurité parmi d’autres. En réalité, selon des documents internes révélés par une vaste enquête internationale, bien davantage.
Durant la guerre civile syrienne, les Nations unies ont versé au moins 11 millions de dollars à cette entreprise pour protéger leurs bureaux dans le pays — notamment leur siège officieux installé à l’hôtel Four Seasons de Damas, ainsi que plusieurs antennes régionales. Entre 2014 et 2024, le Programme des Nations unies pour le développement lui aurait versé à lui seul 9 millions de dollars. Shorouk travaillait aussi pour d’autres agences onusiennes, comme l’Organisation mondiale de la santé ou le Programme alimentaire mondial.
Problème : selon des mémos internes exhumés dans le cadre du « Damascus Dossier », une enquête coordonnée par le Consortium international des journalistes d’investigation et une vingtaine de médias partenaires, Shorouk aurait été secrètement contrôlée par la Direction générale du renseignement syrien, l’un des piliers les plus redoutés du régime de Bachar el-Assad.
Ces révélations s’appuient sur plus de 134 000 documents obtenus par la chaîne allemande NDR et analysés par les journalistes. D’autres pièces internes, récupérées séparément, montrent qu’en juin 2019, un chèque de 50 millions de livres syriennes — environ 100 000 dollars à l’époque — aurait été adressé aux services de renseignement au titre de leur « part des bénéfices » dans l’entreprise.
Les Nations unies, de leur côté, affirment avoir respecté leurs procédures d’achat et mené une « diligence renforcée » au moment de la signature des contrats. Elles expliquent que l’environnement syrien était extrêmement contraint et que les options disponibles étaient limitées. En 2022, plusieurs licences d’entreprises concurrentes auraient été retirées par les autorités syriennes, ne laissant que deux sociétés « à haut risque » en lice : Shorouk et ProGuard.
Autre élément troublant : selon des mémos issus des services syriens, le régime aurait cherché à maintenir ces contrats coûte que coûte. Le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Fayçal Mekdad, écrit que ces sociétés permettaient de surveiller les activités « suspectes » de certains employés de l’ONU. Il évoque également un mécanisme financier avantageux pour l’État syrien : les paiements en dollars étaient convertis en livres syriennes au taux officiel — largement supérieur au taux du marché noir — ce qui permettait au Trésor public de capter la différence.
Les Nations unies assurent n’avoir identifié aucun élément prouvant que Shorouk ait espionné leurs employés. Elles soulignent également que les registres officiels syriens n’étaient pas des sources fiables et que leurs vérifications incluaient des recherches ouvertes et des analyses médiatiques.
Après la chute du régime en décembre 2024, Shorouk n’a pas disparu. L’entreprise a simplement changé de logo, adopté les couleurs du nouveau drapeau syrien et continué à recruter. Son dirigeant affirme que les nouvelles autorités ont audité ses activités et autorisé la poursuite de ses opérations.
Reste une question fondamentale : jusqu’où une organisation humanitaire peut-elle composer avec un régime autoritaire pour continuer à agir sur le terrain ? Pour certains anciens responsables onusiens, la complexité du contexte n’exonère pas d’une enquête approfondie sur les véritables bénéficiaires des contrats.
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