Episodes

  • 1976 : l’été de tous les excès, de Abba à Taxi Driver, quand le monde brûlait doucement
    Feb 15 2026
    Pour beaucoup de Belges, 1976 évoque d’abord un été hors norme. Dès le mois de mai, le soleil s’installe durablement, les températures grimpent et la sécheresse devient historique. Les autorités appellent à économiser l’eau, mais dans les souvenirs, cet été reste lumineux et heureux. Les enfants vivent dehors, jouent au football dans la rue, font du vélo jusqu’à la tombée de la nuit, genoux écorchés et visages bronzés, sans crème solaire ni inquiétude excessive des parents. On rentre à la maison quand les lampadaires s’allument.

    À l’intérieur, les maisons belges affichent fièrement leur décor typique des années 70 : canapés bas marron, tables basses en verre et acier, tapis épais à motifs géométriques, tables gigognes et papier peint omniprésent. Le formica règne dans les cuisines. Les appareils électroménagers sont solides, bruyants, conçus pour durer. La télévision est devenue centrale : elle rassemble la famille chaque soir pour le journal télévisé ou les variétés du week-end. On se lève encore pour changer de chaîne. En 1976, Patrick Poivre d’Arvor fait ses débuts au JT sur Antenne 2, tandis que les jeux de 20h arrivent sur FR3 avec Maître Capello et Maurice Favières. À la RTB, le journal télévisé change souvent d’horaire, au grand désarroi des téléspectateurs.

    La société évolue : les femmes travaillent de plus en plus à l’extérieur, apportant un second salaire qui permet quelques luxes — restaurants, vacances à l’étranger, voiture plus récente. Pourtant, à la maison, les rôles restent bien ancrés. La cuisine est simple et nourrissante : potage maison, boulettes sauce tomate, légumes du jardin. Le dimanche reste sacré, avec le rôti, les haricots verts et le dessert maison, souvent partagé avec les grands-parents. Beaucoup de familles partent à la côte belge ; d’autres découvrent le camping et la caravane, symbole de liberté. Certains investissent même dans une résidence secondaire en Espagne, attirés par un immobilier encore très abordable.

    Sur le plan culturel, 1976 est une année riche. On lit beaucoup. Georges Simenon demeure une référence incontournable. Le succès littéraire de l’année est La Vie devant soi d’Émile Ajar, sans que l’on sache encore qu’il s’agit de Romain Gary. Marguerite Duras, avec Le Camion, divise et interroge, proposant une œuvre radicale sur la solitude, la folie et le politique.

    Au cinéma, 1976 marque durablement les esprits avec Taxi Driver de Martin Scorsese, porté par un Robert De Niro glaçant. À l’opposé, Rocky séduit le public avec Sylvester Stallone, incarnation de l’homme ordinaire qui croit en sa chance. En Europe, Claude Sautet signe Mado avec Michel Piccoli et Jacques Dutronc, explorant les fragilités humaines.

    Politiquement, 1976 est une année de transition majeure. En Chine, la mort de Mao Zedong marque la fin d’une ère. Aux États-Unis, Jimmy Carter est élu, incarnant un retour aux valeurs morales après le scandale du Watergate et la présidence de Richard Nixon. En Afrique du Sud, les émeutes de Soweto révèlent au monde la violence de l’apartheid. En Irlande du Nord, Betty Williams et Mairead Corrigan reçoivent le prix Nobel de la Paix pour leur combat non violent.

    Enfin, la musique constitue la bande-son de cette année brûlante. La variété francophone domine : Michel Sardou avec Je vais t’aimer, Joe Dassin et À toi, Sylvie Vartan, Alain Souchon et Bidon, composé avec Laurent Voulzy. À l’international, Queen impressionne avec Somebody to Love, Donna Summer électrise avec Love to Love You Baby, et ABBA triomphe avec Fernando. Mais 1976 voit aussi surgir une rupture radicale : le punk, incarné par les Sex Pistols et Anarchy in the UK, choque les adultes et séduit une jeunesse en quête d’identité.
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    10 mins
  • 1966 : des Trente Glorieuses à Revolver, entre télé noir et blanc, Magritte et Brel
    Feb 14 2026
    En 1966, la vie en Belgique s’inscrit encore dans la douceur des Trente Glorieuses. Le plein emploi rassure, les carrières sont stables et l’avenir semble prometteur. Le temps s’écoule plus lentement, sans urgence excessive. À la maison, la télévision noir et blanc s’impose comme le nouveau centre du salon, posée sur un meuble en formica ou en teck, parfois décorée d’un napperon crocheté. On ne la regarde qu’à certains moments précis, surtout le soir, sauf le mercredi après-midi, jour de congé scolaire, où la RTB lance l’émission jeunesse Feu Vert, animée par Jacques Careuil et André Rémy.

    Le téléphone en bakélite noire trône dans le hall ou le salon. Les conversations sont brèves, rarement privées, sauf pour les amoureux qui y glissent quelques mots tendres. Le courrier garde une valeur précieuse : lettres manuscrites, cartes postales, nouvelles attendues avec impatience. On se chauffe encore souvent au charbon, on cuisine parfois sur des fourneaux, même si les cuisinières au gaz en bonbonne commencent à apparaître. Les intérieurs racontent une histoire familiale, avec papiers peints à motifs, moquettes épaisses, vitrines remplies de bibelots et meubles en chêne clair. Le dimanche matin, on tond la pelouse sans se soucier du bruit. Les vacances se passent majoritairement à la côte belge, ou, pour les plus aventureux, sur les routes nationales vers le sud de la France, fenêtres ouvertes et pique-nique improvisé.

    Sur le plan culturel, 1966 est une année foisonnante. La littérature devient plus accessible grâce aux éditions de poche. Romain Gary publie La Promesse de l’aube, hommage poignant à sa mère. Oublier Palerme d’Edmonde Charles-Roux reçoit le prix Goncourt, tandis que Simone de Beauvoir interroge la condition féminine avec Les Belles Images. Le cinéma est un événement en soi : Le Bon, la Brute et le Truand de Sergio Leone, porté par Clint Eastwood et la musique d’Ennio Morricone, devient mythique. En France, Claude Lelouch triomphe avec Un homme et une femme, Palme d’Or à Cannes. En Belgique, René Magritte poursuit son œuvre surréaliste, interrogeant le réel et les apparences.

    L’actualité mondiale, elle, est plus tendue. La guerre du Vietnam s’intensifie et choque l’opinion publique occidentale par ses images télévisées. Aux États-Unis, Lyndon B. Johnson fait face à une contestation croissante. En Chine, Mao Zedong lance la Révolution culturelle, bouleversant brutalement la société. En Belgique, les tensions communautaires montent, tandis que le gouvernement de Paul Vanden Boeynants tente de maintenir un fragile équilibre. Le prix Nobel de la Paix est attribué à l’Organisation internationale du Travail, symbole d’un attachement fort aux droits sociaux.

    Musicalement, 1966 marque un tournant. Les The Beatles publient Revolver, album révolutionnaire. Bob Dylan affirme son virage électrique avec Blonde on Blonde. Les The Rolling Stones provoquent et séduisent. Côté francophone, Jacques Brel bouleverse avec Ces gens-là et Amsterdam, avant de faire ses adieux à la scène. France Gall incarne la jeunesse avec Baby Pop, Salvatore Adamo touche les consciences avec Inch’Allah, tandis que Michel Polnareff surprend avec La Poupée qui fait non, accompagné à la guitare par Jimmy Page. Françoise Hardy confirme son aura mélancolique avec La Maison où j’ai grandi, et Antoine amuse et divise avec ses élucubrations et ses cheveux longs.
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    11 mins
  • 1961 : entre twist, Mur de Berlin et Maigret à Ostende
    Feb 8 2026
    En 1961, la Belgique vit encore sous l’ombre de la grande grève de l’hiver 1960-1961, l’un des plus importants mouvements sociaux de son histoire. Les discussions se font à voix basse dans les cuisines, autour d’une bière Jupiler ou d’un verre de bière de table, tandis que la radio diffuse des nouvelles parfois anxiogènes. La télévision en noir et blanc, encore rare, est presque sacrée : on ferme les rideaux, on baisse la lumière, on se tait pendant le journal télévisé. Les intérieurs sont chaleureux, chargés de meubles en bois foncé, de napperons crochetés et de photos de famille. La vie quotidienne est rythmée par les petits commerces de quartier, les cafés du village et les promenades en famille.

    La société reste très codifiée. Les femmes portent robes élégantes, gants et manteaux bien coupés ; les hommes sortent en veste et cravate, surtout le dimanche pour la messe. En cuisine, on prépare des plats mijotés : carbonnades flamandes, lapin à la moutarde, rôti dominical. L’arrivée d’un frigo, d’une machine à laver ou d’une cuisinière moderne est vécue comme un véritable progrès, même si certaines ménagères continuent à laver le linge délicat à la main. L’été, on part à la mer du Nord, à Ostende, Blankenberge ou La Panne, pour des vacances simples, entre gaufres chantilly, cuistax et croquettes de crevettes.

    Sur le plan culturel, 1961 est une année intense. En littérature, Les Damnés de la Terre de Frantz Fanon marque les esprits par sa réflexion sur la décolonisation. Catch-22 de Joseph Heller choque par son humour noir et sa critique de l’absurdité militaire. En Belgique, Georges Simenon reste omniprésent avec Maigret et le voleur paresseux, lu partout, des trains aux cafés. Le prix Nobel de littérature est attribué à Ivo Andrić, tandis que la disparition d’Ernest Hemingway bouleverse le monde des lettres.

    Au cinéma, West Side Story triomphe avec Natalie Wood, Rita Moreno et George Chakiris, remportant dix Oscars. Le public rit aussi avec La Belle Américaine de Robert Dhéry et frissonne avec Le Cave se rebiffe porté par Jean Gabin.

    Dans le monde, 1961 marque l’entrée de l’humanité dans l’ère spatiale : le 12 avril, Yuri Gagarin devient le premier homme dans l’espace. Quelques mois plus tard, la construction du Mur de Berlin coupe l’Europe en deux, déchirant des familles pendant près de trente ans. Aux États-Unis, John F. Kennedy incarne une nouvelle génération, crée le Peace Corps, mais autorise aussi le désastre de la baie des Cochons à Cuba. En Belgique, la crise politique se poursuit après la perte du Congo, avec la chute du gouvernement Eyskens et l’arrivée du gouvernement Théo Lefèvre.

    Enfin, la musique est omniprésente et donne une identité à la jeunesse. On danse le twist sur Let’s Twist Again de Chubby Checker, immense succès de 1961. Johnny Hallyday séduit avec Retiens la nuit, Gilbert Bécaud bouleverse avec Et maintenant, tandis que Stand by Me de Ben E. King devient un hymne universel. Jacques Brel marque les esprits avec Le Moribond. Édith Piaf, affaiblie mais immense, triomphe avec Non, je ne regrette rien et Mon Dieu. Charles Aznavour impose son style avec Je m’voyais déjà. Et à l’Eurovision, Jean-Claude Pascal fait gagner le Luxembourg avec Nous les amoureux.
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    11 mins
  • 1971 : de la Lune à Melody Nelson, des pattes d’eph’ à Imagine… une année de bascule
    Feb 7 2026
    En 1971, le monde est en pleine mutation. En février, la mission Apollo 14 se pose sur la Lune, et l’astronaute Alan Shepard y joue quelques coups de golf, symbole d’un optimisme technologique encore intact. Mais sur Terre, les secousses sont bien réelles : le président Richard Nixon met fin à la convertibilité du dollar en or, bouleversant durablement l’économie mondiale.

    En Belgique, l’année est marquée par la première réforme de l’État : les compétences culturelles sont confiées aux nouvelles communautés, amorçant la décentralisation du pays. Les élections voient la montée des partis régionalistes comme le Rassemblement Wallon, tandis que les agriculteurs manifestent massivement, révélant un profond malaise rural. À l’international, 1971 voit aussi la naissance de Greenpeace, l’ouverture de Walt Disney World, l’introduction de la TVA en Belgique, et une avancée historique en Suisse avec le droit de vote accordé aux femmes.

    Dans les maisons et les villages, le confort moderne s’installe progressivement. Robots ménagers et yaourtières font leur apparition, même si les traditions restent bien ancrées. Le café du coin demeure le centre névralgique de la vie sociale, autour d’une Jupiler ou d’une Stella, pendant que l’on refait le monde. Les pantalons pattes d’éléphant et les cheveux longs marquent la jeunesse, mais les collèges ne sont pas encore tous mixtes, et une femme divorcée reste souvent mal perçue. Les anciens métiers – houilleurs, tanneurs, poinçonneurs – cohabitent encore avec les signes d’une modernité naissante. Au petit déjeuner, on savoure un café au lait accompagné d’une tartine de sirop de Liège ou de fromage de Herve.

    Côté culture, 1971 ose et dérange. En librairie, Malina de Ingeborg Bachmann interroge l’identité féminine, tandis que Georges Simenon poursuit les enquêtes de Maigret. Le prix Nobel de littérature est attribué au poète chilien Pablo Neruda. En France, le Manifeste des 343, rédigé par Simone de Beauvoir et signé notamment par Jeanne Moreau, Françoise Sagan, Marguerite Duras ou Catherine Deneuve, secoue la société sur la question de l’avortement, préparant le terrain de la future loi Veil.

    Au cinéma, le choc est double : A Clockwork Orange de Stanley Kubrick interroge la violence humaine, tandis que La Folie des grandeurs fait rire le public français avec Louis de Funès et Yves Montand, sur une musique composée par Michel Polnareff.

    Enfin, la musique offre la bande-son de cette année de transition. Michel Delpech adoucit les ondes avec Pour un flirt, Joe Dassin fait rêver avec L’Amérique, tandis que Serge Gainsbourg bouleverse avec l’album Histoire de Melody Nelson. Les Les Poppys, messagers de paix, connaissent un succès international fulgurant. À l’étranger, Rod Stewart chante Maggie May, George Harrison touche le monde avec My Sweet Lord, John Lennon appelle à la paix avec Imagine, tandis que Middle of the Road fait danser avec Chirpy Chirpy Cheep Cheep. En Belgique, on se retrouve dans les bals populaires au son de Mike Brant ou Nicoletta.
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    10 mins
  • 1973 : de la moquette marron au choc pétrolier, de Rabbi Jacob à La Maladie d’amour… la fin d’une insouciance
    Feb 1 2026
    En 1973, le quotidien s’inscrit pleinement dans les années 70. La télévision couleur s’est imposée dans le salon, devenu le cœur de la vie familiale. Les intérieurs osent désormais l’orange, le vert olive et le marron, les papiers peints psychédéliques et les moquettes épaisses envahissent les pièces de vie. Dans la cuisine, les meubles en formica et les appareils électroménagers – réfrigérateur et lave-linge en tête – facilitent un peu le travail des femmes, désormais nombreuses à exercer une activité professionnelle. Pourtant, le dimanche reste sacré, avec le poulet rôti, les frites maison et le pain frais acheté chaque jour chez le boulanger.

    Les adolescents portent des pantalons pattes d’éléphant, des pulls ajustés, les cheveux longs pour les filles comme pour les garçons. L’autorité parentale et scolaire existe encore, mais depuis Mai 68, on discute davantage. La voiture est devenue indispensable et les vacances en famille, à la mer du Nord ou dans le sud de la France, font partie des nouveaux plaisirs accessibles.

    Mais cette dolce vita est brutalement ébranlée en 1973 par le premier choc pétrolier. Conséquence directe de la guerre du Kippour entre Israël, l’Égypte et la Syrie, la décision de l’OPEP de quadrupler le prix du pétrole provoque inflation, ralentissement économique et hausse du chômage. Les fameuses Trente Glorieuses touchent à leur fin. Dans la vie quotidienne, on découvre les dimanches sans voitures, la limitation de vitesse, la réduction de l’éclairage public et de nouveaux mots entrent dans le langage courant : sobriété, économie, dépendance énergétique. Une époque se referme.

    Côté littérature, on continue pourtant de lire beaucoup. Le roman La Lisière de Patrick Grainville fait grand bruit, frôlant le prix Goncourt, tandis que René Barjavel interroge le monde moderne avec son recueil de science-fiction Béni soit l’atome.

    Au cinéma, 1973 est marqué par le choc de The Exorcist de William Friedkin, film dérangeant et controversé. À l’opposé, le public rit avec Les Aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury, porté par l’inoubliable Louis de Funès, ou encore avec L’Emmerdeur réunissant Jacques Brel et Lino Ventura. La Grande Bouffe de Marco Ferreri choque et divise, mais ne laisse personne indifférent.

    Enfin, la variété illumine encore cette année de transition. En Belgique, l’émission Chanson à la carte s’installe sur la RTB, tandis qu’en France La Une est à vous permet pour la première fois aux téléspectateurs de choisir leurs programmes. Sur les ondes, Michel Sardou bouleverse avec La Maladie d’amour, Julien Clerc apporte un souffle optimiste avec Si on chantait, Serge Gainsbourg confie sa fragilité dans Je suis venu te dire que je m’en vais. Maxime Le Forestier nous ouvre les portes de La Maison Bleue, et Françoise Hardy murmure Message personnel, sur des mots de Michel Berger.
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    9 mins
  • 1965 : la télévision en noir et blanc, Tintin, les Beatles et Adamo… une année qui entre dans nos salons
    Jan 31 2026
    En 1965, le monde entre dans les foyers belges par un nouvel objet devenu central : la télévision, encore en noir et blanc. Plus d’un ménage sur deux en possède une. On regarde le Journal parlé en silence, pendant que papa fume dans le salon. La guerre du Vietnam, désormais filmée, n’est plus un conflit lointain : elle s’invite dans le living, suscitant inquiétude et incompréhension. Les informations arrivent aussi par la radio, souvent un meuble en bois blond branché du matin au soir sur la RTB, et par la presse écrite que l’on va chercher chez le libraire, en même temps que le pain frais à 18 francs belges. En Belgique, le roi Baudouin rassure, tandis que les fermetures de charbonnages inquiètent. En France, Charles de Gaulle est réélu, et le monde rend hommage à Winston Churchill. La Grande-Bretagne, elle, abolit la peine de mort.

    La vie quotidienne est réglée et rassurante. À l’école, on écrit à l’encre, on se lève quand le professeur entre, on apprend par cœur. Les enfants reçoivent leur bouteille de lait à la récréation, portent parfois l’uniforme, et s’appellent souvent Nathalie ou Thierry. Les parents travaillent 40 heures par semaine, et le samedi soir, les jeunes se retrouvent autour du juke-box, au bal ou au thé dansant. On danse le twist, on fume beaucoup, très jeune, parfois en cachette. Le monde semble cadré, mais l’envie d’autre chose se fait déjà sentir. On croit au progrès, à la science, à l’avenir : en 1965, l’ingénieur Eric Arthur Johnson invente même le premier écran tactile.

    Côté culture, on lit énormément. Les enfants dévorent Tintin, Spirou, Lucky Luke ou Les Schtroumpfs. Les filles suivent les aventures de Martine, tandis que les garçons vibrent avec Bob Morane de Henri Vernes. Les adultes lisent Françoise Sagan et son roman La Chamade. Au cinéma, The Sound of Music émerveille les familles, porté par Julie Andrews.

    Enfin, 1965 est une grande année de variété. On écoute les 45 tours sur le pick-up, la radio et le juke-box. Johnny Hallyday chante Génération perdue, Françoise Hardy bouleverse avec Mon amie la rose, Claude François fait danser avec J’y pense et puis j’oublie, Sheila rassemble Les copains, Sylvie Vartan illumine les pistes de danse.

    The Beatles électrisent la jeunesse avec Help! et Ticket to Ride, pendant que les Rolling Stones imposent Satisfaction. À la télévision, Mireille Mathieu est révélée, et chez nous, Adamo triomphe avec La Nuit et Vous permettez, Monsieur, confirmant une carrière désormais lancée.
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    11 mins
  • 1968 : du formica aux barricades, de Gainsbourg à Hey Jude… une année qui a tout changé
    Jan 25 2026
    En 1968, la vie quotidienne se déroule souvent autour d’une table en formica, sous la lumière parfois cruelle d’un néon de cuisine. Dans les familles, l’homme reste le chef de famille, tandis que les femmes, de plus en plus nombreuses à travailler, cumulent emploi, ménage et éducation des enfants. Heureusement, le lave-linge, le réfrigérateur et l’aspirateur facilitent un peu le quotidien. Dans les villages, les commerces ambulants rythment les fins de journée : crémier, marchand de pain, poissonnier… autant d’occasions de papoter et d’échanger les rumeurs locales, un petit pain à la main.

    Côté musique et spectacle, 1968 marque une rencontre mythique : Jane Birkin croise la route de Serge Gainsbourg sur le tournage de Slogan. Une relation passionnée et créative débute, qui mènera au scandale de Je t’aime… moi non plus.

    La même année, Jacques Brel triomphe sur scène avec L’Homme de la Mancha, tandis que Claude François voit Comme d’habitude devenir My Way, adapté par Paul Anka puis immortalisé par Frank Sinatra. On fredonne aussi Joe Dassin, Yves Montand, Julien Clerc et les The Moody Blues.

    Mais 1968, c’est avant tout Mai 68. En France, les étudiants et les ouvriers se soulèvent, dressent des barricades et remettent en question l’autorité, la société de consommation et la guerre du Vietnam. Les slogans fleurissent : Il est interdit d’interdire, L’imagination au pouvoir, Faites l’amour, pas la guerre. Le mouvement résonne en Belgique, en Italie, aux États-Unis et en Tchécoslovaquie. Et malgré la révolte, on chante encore Hey Jude des The Beatles, l’un des plus grands succès de l’année.

    Sur le plan littéraire et cinématographique, 1968 est tout aussi marquante. On lit La Plaisanterie de Milan Kundera, La Nuit des temps de René Barjavel, ou encore Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez, enfin traduit en français.

    Au cinéma, l’Oscar du meilleur film est attribué à Dans la chaleur de la nuit, porté par l’immense Sidney Poitier, un film engagé contre le racisme.
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    9 mins
  • 1977 : de Studio 54 à Star Wars, d’Elvis à la fondue bourguignonne… une année culte
    Jan 24 2026
    1977, c’est d’abord une année de naissances marquantes : Virginie Efira, Emmanuel Macron, Sarah Biasini, Christophe Beaugrand… et peut-être vous aussi.

    C’est aussi une période où la vie quotidienne change : les femmes sont désormais nombreuses à travailler, les hommes commencent – timidement – à aider à la maison, les lave-vaisselle se font encore rares. Les bébés voyagent en poussette canne, les repas se simplifient avec les petits pots, et l’on reçoit volontiers les amis autour d’une fondue bourguignonne ou d’une raclette, symboles d’une convivialité moderne où la maîtresse de maison reste à table avec ses invités.

    Côté musique, 1977 est une année contrastée et intense. Les États-Unis pleurent la disparition du King Elvis Presley, décédé le 16 août. Dans le même temps, le disco triomphe avec les Bee Gees, Boney M, ABBA, tandis que Sheila se réinvente avec Sheila B. Devotion. La variété française brille avec Michel Sardou, France Gall sur une chanson de Michel Berger, Michel Polnareff ou Laurent Voulzy. À New York, le mythique Studio 54 ouvre ses portes et devient le temple de la nuit.

    Au cinéma, 1977 marque l’Histoire avec Star Wars: A New Hope de George Lucas, point de départ d’une saga légendaire. Le public rit avec L’Animal, porté par Jean-Paul Belmondo et dialogué par Michel Audiard. En librairie, on frissonne avec Shining, et l’essai La Barbarie à visage humain révèle Bernard-Henri Lévy.

    1977 est aussi une année d’adieux : le 25 octobre disparaît Charlie Chaplin, poète du cinéma, et quelques mois plus tôt Jacques Prévert, dont les mots continuent de résonner à travers Les Feuilles mortes.

    Enfin, l’année est marquée par la sortie de Saturday Night Fever, avec John Travolta, par le dernier voyage de l’Orient-Express, et par la naissance de Téléfoot, accompagnée de l’hymne We Are the Champions.
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    11 mins