• "My feminism is decolonial and intersectional"
    Mar 18 2026

    « Celles qui portent l’Afrique » est un podcast de la Fondation de l’innovation pour la démocratie qui donne à entendre des récits de vie de féministes africaines. Au micro : Achille Mbembe et Sarah Marniesse, avec l’appui de Martin Serralta. Musique de Blick Bassy.


    Penser depuis les marges, agir avec les autres — avec Sanae


    Sanae a 25 ans. Elle est chercheuse, activiste, féministe décoloniale. Elle se définit d’abord comme africaine. Son engagement naît d’une colère intime, face aux injustices du quotidien : à l’école publique d’un quartier populaire, dans la famille, dans la rue. Très tôt, elle observe les inégalités d’accès à l’éducation, les humiliations linguistiques, le manque de ressources, les messages implicites qui disent à certaines qu’elles n’ont pas droit au monde.


    En 2011, le mouvement des Printemps arabes au Maroc marque un tournant. Sa première manifestation ouvre un horizon collectif : la politique n’est plus abstraite, elle est vécue, partagée. Son féminisme se construit ensuite dans la lutte contre les violences sexuelles. Un blog, une lettre ouverte aux survivantes, puis un afflux de témoignages inattendu. De ces récits naît un cercle de parole, d’abord anonyme, puis incarné, qui devient un espace communautaire autonome. Une leçon fondatrice : on n’agit jamais seule, et chaque action engage une responsabilité envers le bien-être des autres.


    Sa recherche prolonge ce fil rouge. Elle travaille sur les récits, les histoires orales, les mémoires marginalisées. Qui raconte l’histoire ? Quelles voix sont absentes ? Comment réécrire le passé pour transformer le présent ? Pour elle, le changement social ne peut être uniquement macro ou institutionnel. Il est émotionnel, subjectif, ancré dans l’interdépendance.


    Vivre en France comme femme marocaine, immigrée et racisée reconfigure encore son féminisme. Il devient situé, mouvant, attentif aux tensions postcoloniales, aux luttes antiracistes, aux droits des migrant·es et des personnes queer. Son féminisme est intersectionnel, stratégique, collectif. Il ne cherche pas le consensus, mais l’écoute des marges et la construction de solidarités transnationales, notamment entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne.


    Pour Sanae, désespoir et impuissance sont des outils politiques puissants — et dangereux. On ne peut pas se permettre le luxe de l’abandon. La réponse, dit-elle, se trouve dans la communauté, dans l’éthique du care, dans la capacité à rêver ensemble.


    Son rêve est radical : un monde sans injustice, où chacun·e mène une vie digne. Un projet peut-être infini, mais qui commence par une question simple et exigeante : qui n’est pas encore entendu, et comment recentrer les marges ?


    Elle cite souvent Angela Davis comme ancrage politique et intellectuel : une pensée enracinée dans la communauté, capable de transformer la colère en action durable.

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    33 mins
  • "Je mets des chiffres sur les maux des femmes"
    Mar 13 2026

    « Celles qui portent l’Afrique » est un podcast de la Fondation de l’innovation pour la démocratie qui donne à entendre des récits de vie de féministes africaines. Au micro : Achille Mbembe et Sarah Marniesse, avec l’appui de Martin Serralta. Musique de Blick Bassy.


    Mettre des chiffres sur les violences : Sylvia Apata raconte comment le droit, la recherche et les données peuvent devenir des armes politiques contre les violences faites aux femmes.

    Militante féministe ivoirienne et juriste engagée depuis une dizaine d’années, Sylvia Apata agit à la croisée du terrain, de la recherche-action et de la stratégie juridique. Son moteur puise dans l’exemple d’une mère célibataire combative et dans un refus profond de l’hypocrisie sociale qui condamne les femmes tout en leur dictant la douceur et la soumission.


    Son approche est frontale : rendre l’injustice impossible à nier. Elle raconte comment ses enquêtes ont permis de mettre des chiffres sur les violences, de documenter les violences conjugales, de faire reconnaître les féminicides comme un phénomène spécifique et de pousser des avancées juridiques et politiques.


    Elle parle aussi de l’envers du combat : l’épuisement financier et émotionnel, la caricature des féministes comme « rebelles, l’isolement des défenseuses des droits. Pour elle, le problème n’est pas la radicalité des militantes, mais l’absence d’indignation face aux violences.

    Son horizon : une société où les femmes sont pleinement considérées, protégées et égales en droits , et où celles qui se battent ne sont plus laissées seules.


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    44 mins
  • “Je rêve du jour où ma ville de Goma sera appelée capitale de la résilience”
    Mar 10 2026

    « Celles qui portent l’Afrique » est un podcast de la Fondation de l’innovation pour la démocratie qui donne à entendre des récits de vie de féministes africaines. Au micro : Achille Mbembe et Sarah Marniesse, avec l’appui de Martin Serralta. Musique de Blick Bassy.


    Porter les voix, nommer les vies — avec Linda Joelle Bauma


    Avocate au barreau du Nord-Kivu et activiste pour les droits des femmes, Linda Joelle Bauma ancre son engagement dans une double histoire. Celle d’une enfance auprès d’un père chef coutumier, figure de justice au cœur de la communauté. Et celle d’une région, l’Est de la RDC, où la guerre dure depuis plus de trente ans.


    Dans cet épisode, elle raconte les rencontres avec les femmes des camps de déplacés. Des mères contraintes de quitter les zones dites “sécurisées” pour chercher de quoi nourrir leurs enfants, au risque du viol. Des femmes réduites à des chiffres alors que chacune porte une histoire, une maison perdue, des champs abandonnés, une identité arrachée. Pour Linda, le combat commence là : sortir des statistiques, remettre des visages et des noms sur les vies brisées.


    À travers son engagement au sein de collectifs comme Goma Actif et BOLD, elle crée des cercles de confiance pour les jeunes filles, développe des portraits, des documentaires, des espaces de parole et de plaidoyer. Son objectif n’est pas de parler à la place des femmes, mais de leur permettre d’être entendues.


    Elle rêve d’un autre récit pour sa ville. Que Goma ne soit plus appelée “capitale mondiale du viol”, mais capitale mondiale de la résilience. Elle croit profondément en la jeunesse, en sa capacité à transformer la colère en action.


    Et quand elle parle de justice et de pardon, elle évoque son frère, Fred Bauma, emprisonné 18 mois pour ses engagements, devenu pour elle une étoile polaire. Une boussole intérieure qui lui rappelle qu’au-delà de la colère, il faut continuer à construire.


    Un épisode puissant sur la mémoire, la dignité et cette question qu’elle pose sans cesse : qu’est-ce que la paix, quand on ne l’a jamais vraiment connue ?

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    25 mins